Fiction/non fiction

François VALLEJO

Jours : Sam, Dim - Stand : ANECDOTES (37)

La Delector (Viviane Hamy)

Non, non, non, elle n’est pas si sexy. Pas sexy du tout. Ah bon ? Si elle a de la beauté, et elle en a, plus que de la beauté, autre chose que de la beauté, personne ne sait exactement ce que c’est, la beauté, la sienne est généralement ramenée au cliché de la beauté slave, sensuelle et froide. Pour l’instant, elle la gomme. Elle s’oblige, sans y penser, à la gommer ou à ne garder que la froideur. Ou elle y est obligée, question de survie. Comme étrangère, Russe en France, elle n’a pas le droit de travailler, elle vient tout juste de se faire embaucher à Nice par le couple Matisse, petit contrat de rien, sans se faire trop remarquer. Les Matisse, c’est avant tout une entreprise familiale, gérée par Mme Matisse avec l’aide des enfants du couple. Marguerite, fille du peintre, est en relation avec le monde de l’art à Paris. Son frère, Pierre, est galeriste à New York et ambassadeur de l’œuvre de son père outre-Atlantique. Madame Matisse, elle, s’occupe du recrutement des aides et des modèles pour son mari Henri ainsi que de l’intendance liée à leur activité. Jeune femme orpheline venue de Sibérie, Lydia Delectorskaya, fait son entrée à Nice en 1932 chez les Matisse, comme dame de compagnie pour Madame et pour aider Monsieur à finaliser La Danse de Merion. Il a 62 ans, elle en a 22. Il est tout, elle n’est rien. Il a provoqué le scandale à son insu, elle ne l’a pas cherché. Comment expliquer la place et l’importance que cette immigrée russe va prendre dans la vie des Matisse ? Comment qualifier celle qui se révèle être plus qu’une assistante, à la fois modèle et aide- soignante, maîtresse femme et femme en détresse, employée congédiée mais indispensable et donc rappelée ? Comment nommer autrement que par « La Delector », celle qui, reproduite inlassablement sur les toiles du Maître, devient un personnage unique et le symbole d’une relation qui choque et séduit par son ambiguïté ? Comment qualifier, au nom de la quête et de l’obsession de l’art, une histoire qui va durer 22 ans entre une jeune femme et un homme de quarante ans son aîné jusqu’à ce que la mort les sépare ? En explorant les limites de l’interprétation et du postulat ainsi que de la fiction et du réel, François Vallejo, avec La Delector, se joue des codes de la biographie et du roman. Mettant en scène Lydia Delectorskaya, collaboratrice et proche du peintre Henri Matisse, l’auteur nous plonge au cœur d’une complicité dont on ne saurait qualifier la teneur, tout juste en esquisser l’intimité.

François Vallejo est l’auteur de plus d’une dizaine de romans, tous parus aux Éditions Viviane Hamy, dont Madame Angeloso (2001, Prix « roman France culture télévision 2001, en lice pour le prix Goncourt, le prix Femina et le prix Renaudot), Groom (2003, prix des libraires et prix Culture et Bibliothèques pour tous 2004), Le Voyage des grands hommes (2005, prix Mac Orlan 2005), Ouest (2006, prix du Livre Inter 2007 et prix Jean Giono 2006), L’Incendie du Chiado (2008), Les Sœurs Brelan (2010), Métamorphoses (2012), Fleur et sang (2014), Un dangereux plaisir (2016), Hôtel Waldheim (2018, en lice pour le Prix Goncourt) et Efface toute trace (2020). Son œuvre a été traduite dans plus d’une dizaine de langues.