Bande dessinée

Léa MURAWIEC

Jours : Ven, Sam - Stand : PAGE ET PLUME BD (33)

Le grand vide (2024)

SELECTION PRIX DES LECTEURS BD 2022

Le grand vide, Manel Naher y saute, peut-être bien malgré elle – il n’y a qu’à voir cette magnifique planche où l’anti-héroïne est au bord du précipice d’une ville qui la dépasse. La ville, avec son ami Ali, elle projette de la quitter : ce réseau social à grande échelle où le culte de la personne s’affiche sur tous pans de mur disponibles, elle n’en veut pas. Ici, on ne parle que de « présence » : les noms sont partout, régissent la pensée, le travail, le quotidien et l’espace domestique. C’est que, vous comprenez, si personne ne pense à vous, si votre nom n’est pas cité ou conscientisé, peu à peu vous dépérissez, vous pourriez même en mourir. Alors imaginez : s’il existe dans cette ville votre homonyme, votre existence est sans cesse menacée. C’est bien le problème de Manel Naher qui, portant le même nom d’une chanteuse à succès, perd peu à peu ses forces. Elle aurait voulu y échapper à cette obsession, et pour ça, toute vaillante et indépendante qu’elle est, partir explorer Le Grand Vide, une zone fascinante juste après la ville ; mais ses convictions, mises en branle par sa possible disparition sont remises en question. Tout bascule. À quoi bon se battre si c’est pour mourir ? Pourquoi ne pas jouer avec le système et devenir une star à grands coups de baffes ? Et puis, même, pourquoi ne pas devenir immortelle, graal d’une société sans âge ? Il n’y aurait alors plus de limites, à moins que... ses proches ne l’abandonnent...

Diplômée de l’école Estienne en 2015 où elle étudie le graphisme et se passionne pour la typographie, Léa Murawiec part l’année suivante en Erasmus à Shangai. Une expérience qui marque le regard et le style de cette fan absolue de mangas. Elle poursuit ses études en passant à la bande dessinée à l’École européenne supérieure de l’image à Angoulême où elle réalise une bande dessinée numérique à choix multiples. Déjà, les questions du choix, de l’engagement, des règles et des codes imprègnent ses récits. Depuis 2013, elle est éditrice et autrice au sein de la maison de microédition Flutiste et publie régulièrement ses travaux dans des fanzines ou des revues (Biscoto, Novland). Son truc ? Dessiner à l’encre de chine pour conserver ses liens au geste et au papier. Le Grand Vide déjà en tête, elle bénéficie d’une résidence de deux ans à la Cité de la Bande dessinée (en partenariat avec Magelis et l’EESI) pour plancher sur ce récit dystopique. Le Grand Vide est sa première bande dessinée, publiée aux éditions 2024.