Après des études de Lettres, Ève GUILLOU se retrouve durant plus de 20 ans sur les chemins des tournages de longs-métrages, comme directrice de casting, puis assistante réalisatrice (Doillon, Corneau, Gatlif, Corsini, Zonca, Angèle, Lorelle, Leconte.…).
Lauréate en 2000 du Trophée du meilleur scénario de long-métrage au CNC, elle réalise des courts et moyens-métrages documentaires, présentés au gré de divers événements, et collabore à des écritures de scénario. Installée depuis 10 ans en Dordogne, elle a ouvert un lieu « là où il n'y avait rien, pour que les conversations se poursuivent ». Elle a publié un récit, Les Immobiles (MARSA, 2023). Les Oubliés (MARSA, 2025) est son premier roman.
L'histoire
Bucarest, hiver 2024. Ville frontière entre visible et invisible, entre mémoire et oubli. Façades lézardées, avenues trop larges pour un peuple rendu amnésique et muet par l’Histoire. La neige tombe à gros flocons gris, camouflant les ruines et les fantômes du passé. Derrière la vitre, une cigarette au bord des lèvres, Tara observe la ville. Est-elle venue pour reconstruire ou pour exhumer ?
Dans l’opulence des salons de l’ambassade de France, Tara joue son rôle d’épouse auprès de son mari, Paul, sélectionné pour un projet architectural d’envergure. Une dispute, des mots qui claquent, puis le silence. Et l’odeur de la ville, qui s’accroche. C’est Noël. Tara s’échappe de l’appartement familial, laissant là ses trois enfants bien-aimés. Le 26 décembre, la police retrouve sa voiture calcinée en périphérie de Bucarest. À l’intérieur, un portefeuille, une alliance, et un corps de femme carbonisé. Mais ce n’est pas le corps de Tara.
Deux quêtes commencent : celle de Paul, pour retrouver sa femme ; celle de Tara, pour reconquérir une identité qu’on lui a confisquée en 1984.
Entre archives, couloirs de pouvoir, mensonges familiaux et falsifications politiques, l’enquête dévoile une histoire qui traverse le temps et les frontières. Des salons diplomatiques aux ruelles fracassées, de la culture populaire au modernisme capitaliste, une même question s’impose : peut-on échapper à l’oubli ?
Les Oubliés est un magnifique roman sur la mémoire, le déni, le secret — intimes ou collectifs. Texte polyphonique, empli de musiques libératrices, il est aussi une vision implacable de l’instrumentalisation possible, jusqu’à l’inimaginable parfois, du corps — et de la vie — des femmes et des enfants.
©Ève Guillou