Actions scolaires 2027 : les inscriptions en ligne pour les prix littéraires jeunesse et pour le projet scolaire sont ouvertes.
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Philippe Savet : c’est une très belle reconnaissance. Ce n’est pas une désignation habituelle, donc évidemment, je suis très honoré.
P.S. : complètement. Le personnage a toujours été fuyant. Avant même d’être un personnage, il était presque une sensation, quelque chose de liquide, de toxique. C’est comme s’il s’était formé à partir de cette matière instable. Pour le reconstruire, j’ai dû passer par différents stratagèmes et en même temps, ce travail me permettait aussi de le libérer de cette dimension toxique.
P.S. : oui même pour moi. Il est très proche de moi et pourtant insaisissable. Il a quelque chose de fantomatique, presque spectral. J’ai fini par être hanté par lui. L’écriture a été une manière de lui donner corps et, d’une certaine façon, de m’en libérer.
P. S. : cette forme permet au lecteur de reconstruire lui-même le personnage. Ganymède se découvre par fragments, à travers les regards des autres : ses proches, les médias…
Je voulais éviter un point de vue unique, imposé. Cette polyphonie permet à chacun de se faire sa propre opinion. Et puis cela rejoint aussi les thèmes du roman, notamment la difficulté à comprendre certains comportements liés à l’addiction.
P.S. : oui tout à fait. La drogue provoque chez lui une forme d’amnésie, de discontinuité. On le voit notamment dans ses carnets : des blancs, des phrases interrompues… Son esprit est lui-même fragmenté.
P.S. : c’était voulu. Je ne voulais pas d’un personnage uniquement victime ou totalement attachant. Il est jeune, intense, imparfait, avec ses responsabilités. C’est un personnage multiple, parfois agaçant, mais profondément humain. Je voulais qu’il soit impossible à résumer, tout en restant entier.
P.S. : j’ai découvert ce mythe très jeune et il m’a marqué. Cette figure du jeune homme enlevé par Zeus, rendu immortel, m’a fasciné. Dans mon roman, j’ai imaginé l’inverse : un personnage qui ne serait pas « choisi », qui resterait sur terre et chercherait désespérément à être regardé, désiré. Il y a aussi un lien avec la notion de liquide comme Ganymède servant le nectar des dieux et donc avec la drogue, à la fois poison et remède.
P.S. : au départ, c’est un décor. Mais progressivement, il devient un espace mental. Je le voyais comme une forme de descente aux enfers, une « catabase » au sens des récits antiques : un passage initiatique où le personnage se transforme… et se perd.
P.S. : je dirais que mon personnage confond les deux. C’est un roman d’amour sur quelqu’un qui n’est pas capable d’aimer, parce qu’il ne s’aime pas lui-même. Et sans cela, l’amour passe par la destruction.
P.S. : je voulais laisser toutes les interprétations possibles. J’aime les œuvres qui continuent à nous habiter après coup, même dans l’incompréhension. J’aimerais que Ganymède reste avec le lecteur, qu’il le hante un peu, et que chacun imagine sa propre fin.
P.S. : le contact avec les lecteurs. C’est un moment très vivant, très direct. La littérature devient accessible, collective. On sort de la solitude de l’écriture pour entrer dans l’échange.
P.S. : j’ai commencé très jeune, au moment où je subissais du harcèlement scolaire. L’écriture est devenue un refuge, un espace où je pouvais être moi-même. Je n’ai jamais arrêté depuis. C’est devenu une nécessité, le seul endroit où tout fait sens.
P.S. : oui, mais publier m’a aussi permis de me libérer d’une forme de honte. C’est une manière de s’affirmer, de ne plus se cacher. Ce livre marque aussi une étape : celle de tourner une page et d’avancer.
Clémentine Malzard, pour le Vivre à Limoges